Pourquoi j'enseigne
Quelques notes sur ce qui m'a menée de la scène à l'enseignement, et sur ce que je cherche à transmettre en classe.

La première salle de classe de ma vie était celle de ma mère. Avant d’être mon premier professeur, elle était déjà celui de dizaines d’enfants. Je regardais, assise contre le mur, la ligne des élèves à la barre. C’est là que j’ai compris que ce métier est une transmission : on reçoit, puis on rend.
Chez nous, on disait : « si tu manques la classe, tu te voles toi-même. » Je l’ai entendu toute mon enfance. Je le redis aujourd’hui à mes élèves, plus doucement peut-être, mais je le pense de la même façon. La danse ne demande pas d’abord du talent. Elle demande de revenir, chaque semaine, et de faire attention.
La scène m’a beaucoup donné : des rôles, des partenaires, des maîtres, dix années avec Les Ballets de Monte-Carlo. Quand cette vie s’est terminée, la question n’était pas de savoir si j’allais enseigner. C’était où, et pour qui. La réponse était devant moi : Monaco, où j’avais dansé toutes ces années, et ses enfants, à qui je voulais offrir une école de ballet classique près de chez eux.
Je n’enseigne pas seulement des pas. J’essaie de donner ce que la danse m’a donné : une tenue, une musicalité, une attention aux autres. Dans une classe, on apprend à travailler en groupe, à attendre son tour, à recommencer sans se décourager. Ce sont des choses qui servent toute une vie, que l’on devienne danseur ou non.
Ce n’est pas vraiment une entreprise. C’est une vocation : je sais faire cela, et je crois que si je ne le fais pas, personne ne le fera de cette manière. Alors chaque semaine, au studio, nous recommençons : la barre, la musique, les corrections.
Dansons à travers cette vie.